Fermée
pour inventaire- Le Scribe
Rencontre
avec Maya Waked
Fermée
pour inventaire…peut-on trouver meilleure métaphore
pour parler d’une femme qui se retrouve dans le coma
après un accident de voiture et qui fait le bilan de sa
jeune vie ?
Noura,
libanaise, à peine 30 ans, se retrouve dans cet état
de semi conscience où elle entend ses proches qui se
relaient à son chevet mais où elle ne peut communiquer
avec eux. Ce coma qui nous effraie quand on y est
confronté car l’être gît sur son lit, présent mais
plus tout a fait vivant. Nous entend-il ? Souffre-t-il ?
Pense-t-il ? Est-il enfermé dans ce corps inerte,
prisonnier derrière ses paupières clauses, empêché
de nous dire le moindre mot ? Ce sont les angoisses que
l’ont partage avec les parents de Noura, ses trois sœurs
et l’homme de sa vie.
Pendant
ce temps, Noura revient sur les moments forts de son
passé qu’elle n’avait auparavant jamais considérés
comme tels : les hommes qu’elle a aimés, les lieux ou
elle a fuit ou appris comme Paris, New York ou l’Inde,
les liens si forts qui l’unissent à ses sœurs et à
ses parents, et aussi, et surtout, Le Liban ou elle a
subit l’horreur de la guerre. Le Liban dont elle
s’est exilée, qui malgré tout l’a attirée de
nouveau à lui et qu’elle redécouvre vierge des sacs
de sable et des bus couchés sur le flan. Le Liban avec
un nouveau souffle et une jeunesse qui attend tout de la
vie et dont elle fait partie.
Au bout de son coma et de cette introspection
Noura trouvera-t-elle le bonheur qu’elle cherche
depuis toujours ?
Maya
Waked nous emmène sur les chemins de la vie de Noura
avec simplicité et énergie. On se laisse amuser par
ses interrogations sur les hommes avec 4 autres célibataires
enivrées lors d’un mariage, émouvoir par une de ses
sœurs qui lui chante la berceuse de leur enfance espérant
la stimuler, étonner par les tabous de la société
libanaise qu’elle ose bousculer. Premier roman de Maya
Waked, on ne peut s’empêcher de faire un parallèle
entre elle et son héroïne. Toutes deux nées avant la
guerre, parties faire des études en sciences politiques
et en communication à Paris, elles reviennent au Liban
pour travailler en entreprise. Mais la force du destin
de Noura nous fait oublier que, peut-être, derrière,
Maya guide ses pas.
Le
mercredi 30 janvier 2008, Nourhane Nabil (Librairies
Renaissance) a organisé un café littéraire afin de
rencontrer Maya Waked et d’échanger sur son livre. Le
moment est idéal pour en apprendre plus sur l’auteure.
Le
Scribe : Comment vous est venue l’envie d’écrire ?
Maya Waked :
Dès l’âge de 10 ans j’écrivais des poèmes sous
les arbres. J’ai toujours aime écrire ce que je
vivais et j’ai conservé tous mes écrits. Apres mon
mariage et la naissance de ma fille j’ai eu envie d’écrire
de nouveau. J’ai été embauchée dans un journal économique
libanais et j’ai décidé de commencer l’écriture
d’un roman.
L.
S. : On ne peut s’empêcher de noter les similitudes
en votre héroïne et vous. Quelle est la part
autobiographique de ce roman ?
M. W. :
Il est vrai que j’ai commence à écrire des choses très
personnelles et au tout début cela prenait la forme
d’une autobiographie. Mais en avançant dans l’écriture
j’y ai ajouté les témoignages d’amis, de voisins
et l’histoire a été de plus en plus romancée. Bien
entendu, comme dans tout premier livre il y a beaucoup
de mes émotions et de mon histoire moi mais au final
c’est assez nuancé.
L.
S. : Noura, votre héroïne, est
une femme énergique et qui a beaucoup a dire.
Pourquoi avoir décidé qu’elle soit dans le coma ?
M. W. :
Cette situation souvent irréversible peut arriver à
n’importe qui. Or, à ce jour, la médecine est
incapable de donner des réponses sur le fait que le
patient puisse penser ou entendre. Il est donc possible
de créer un personnage ayant toute sa conscience
pendant son coma Piégé dans cet état, c’est le
moment de faire un point sur les moments clés de la vie
et d’avoir une prise de conscience.
L.
S. : Une prise de conscience sur quoi ?
M. W. :
Sur le fait que, justement, il ne faut pas attendre d’être
dans une situation aussi extrême pour s’arrêter un
moment, faire un inventaire sur sa vie, tirer leçon de
ses erreurs et repartir à nouveau. Il faut savoir arrêter
le rythme infernal dans lequel nous vivons pour nous
corriger et ne pas gâcher le temps qui nous reste ainsi
que nos relations avec ceux que nous aimons.
L.
S. : Parler du Liban est un sujet épineux,
aujourd’hui encore, n’avez-vous pas eu peur
d’aller trop loin ?
M.W. :
Je n’ai pas pour but de faire une analyse politico-économique
du pays. C’est avant tout un roman humain avec le
Liban pour toile de fond. Je voulais faire comprendre ce
que la génération de mes parents et la mienne ont vécu
et ressenti depuis les années 70 jusqu’à
aujourd’hui.
L.
S. : C’est votre premier roman, qu’avez-vous
ressentie quand vous en avez terminé l’écriture ?
M. W. :
Quand on écrit on est seul et seul juge. J’ai été
soulagée car c’est comme un fardeau que l’on porte
et dont on se débarrasse enfin. Mais très vite j’ai
eu peur de ce que les lecteurs allaient en penser. Cela
fait un an qu’il est sorti et j’ai beaucoup appris
en échangeant avec mes lecteurs. Cela m’aide pour le
second roman que je suis en train d’écrire.
Fermée
pour inventaire,
disponible dans les Librairies Renaissance, 135
LE Site de
l’auteure : www.mayawaked.com
Barbara